Carroussa Sonore
Projet de diffusion d’art sonore dans l’espace public

Commissariat : Younes Baba-Ali

Artistes : Zouheir Atbane, Gaël Segalen, Blenno die wurstbrucke, Raphaël Charpentié, Younes Atbane, Simohammed Fettaka, Anna Raimondo, Giancarlo Norese, Younes Baba-Ali, Youssef Ouchra, Kyop Jeong, Simohammed Laouli, Rohan Graeffly, Angus Carlyle, Stefano Giannotti.

 

Text écrit par Anna Raimondo
La carroussa est composée d’une charrette fabriquée à partir d’éléments de récupération, munie d’une batterie permettant d’alimenter un lecteur audio, un amplificateur ainsi que des enceintes composant le module. À l’origine, il s’agissait d’un objet avec une fonction bien précise : vendre, répandre des cd’s coraniques en diffusant dans les rues des versets religieux. On est face à une sorte de marketing religieux, qui découle de l’intuition selon laquelle le son, autant oral que musical, est un matériel interactif qui conditionne l’espace physique. Face à celui-ci, nous n’avons pas de paupières, mais des oreilles ouvertes aux informations, parfois, manquant de distance critique. À l’occasion de « Carroussa Sonore », proposition curatoriale et artistique de Younes Baba Ali, présentée dans le cadre du projet Plpac, cette intuition devient prise de conscience. L’artiste franco-marocain continue sa recherche en questionnant les codes d’interaction avec le grand public et en détournant les objets de leur fonction première, cette fois, la carroussa. Suite à un appel à candidature, Younes Baba Ali a sélectionné 16 oeuvres sonores d’artistes marocains et internationaux pour les diffuser à travers ce module, dans un premier temps, à la galerie de L’Institut français et, ensuite, dans les rues de Rabat. La carroussa garde son aspect et sa fonction originales de diffusion sonore, mais présente ici un panorama des créations sonores contemporaines (du spoken word au paysage sonore, de la musique expérimentale à l’art radiophonique) et, implicitement, se transforme en un moyen de sensibilisation à l’écoute.

Dans l’enceinte de la galerie, la carroussa engage le défi de montrer du son, tandis que dans l’espace urbain l’artiste projette son désir de démocratiser l’art en passant par le son.
Dans une société caractérisée par une saturation visuelle, Carroussa sonore propose un temps autre, une expérience esthétique et éphémère en mouvement. Elle trace avec le son une nouvelle cartographie de la ville qui dure le temps de l’écoute. Ce n’est pas le juke-box du bar ou la stéréo de la maison où l’on peut faire son propre choix, ici, on est proche de l’écoute radiophonique, fugace et aléatoire, qui se parfait grâce à la participation de l’audience. Sans cela, le son reste un décor ou, plus précisément, dans ce contexte, une deuxième architecture qui en dialoguant avec l’espace urbain engendre un paysage sonore inhabituel. Loin de suivre la définition de l’artiste canadien Murray Shaffer, le « paysage sonore » est environnement qui nous entoure, Caroussa sonore transpose plutôt des sons d’ailleurs dans un contexte autre. Elle invite le public à se promener dans une recomposition immédiate du réel, à redécouvrir et à transformer des lieux apparemment connus.

Bras de fer  1

(Hébreu -Marocain)

D’Anna Raimondo

Un bras de fer sonore basé sur des gros mots, sur deux langues, l’hébreu et le marocain. Les deux voix vivent un moment potentiellement cathartique, entre agression et résistance, ironie et gravité, mots et silences. Un espace politiquement incorrecte, qui s’adapte à l’ordre de l’espace urbain par le biais d’un son supplémentaire, le beep de la censure. Une censure qui laisse entendre mais qui délimite l’espace de liberté dans la sphère publique.